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DE L’ART DÉLICAT DE MARCHER SUR LA TÊTE

Après les fêtes, l'indigestion de quenelle se profile...
pressLib

Scoop de la rédaction : on annonce une massive indigestion de quenelles en ce début d'année, pouvant conduire à l'intoxication la plus grave. Certains parlent même « d'intolérance caractérisée », ça fait carrément flipper ! L'intolérance, le racisme, la stigmatisation, l'antisémitisme, des mots que d'illustres contemporains ont violemment combattu, souhaitant les éradiquer de nos sociétés évoluées. On ne voudrait pas leur casser le moral, mais pour l'instant, c'est un peu loupé...

Car voilà qu'à peine un Nelson Mandela tire sa révérence que le monde continue ses folies. En France, on n'est jamais en retard d'une ineptie, alors on s'est trouvé notre victime des fêtes, un type qui ne mériterait à la base que vague mépris et lointaine indifférence et certainement pas d'obtenir gratuitement pareille publicité. Mais les médias, lassés de parler de foie gras, de courses à Rungis, pas intéressés pour deux sous par la crise qui affecte les Français, se sont rués sur l'indignation de Manu Valls avec une délectation à la fois gourmande et suspecte. Il était bien temps de se réveiller sur le sujet ! Et comme toujours dans notre bon pays, l'excès n'est jamais loin de la conviction. Résultat, en moins de temps qu'il ne fallait pour le penser, ça a viré au grand n'importe quoi.

Ainsi en est-on arrivés à l'aberration constatée avant-hier. Deux adolescents placés en garde à vue suite à la plainte d'une enseignante qui s'est crue visée par leur quenelle, et pour le motif pas bagatelle (z'avez vu ? J'arrive à rimer en toutes circonstances) d' « apologie de crime contre l'humanité », rien que ça, ma bonne dame !

Mais ainsi que le disait l'éminent philosophe Michel Audiard, « les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît », et en ce domaine notre vieux, parfois si vieux pays, n'a de leçon a recevoir de personne. Donc jeudi, le cran au dessus, la cerise sur le pompon, la France (celle qui a le temps, parce que l'autre, celle qui souffre et bosse pour s'en sortir, elle commence à en avoir sérieusement ras-le-bol qu'on lui serve de la quenelle à tous les repas télévisés) était suspendue au verdict du Préfet d'abord (« c'est niet » pour le spectacle), puis du Tribunal Administratif de Nantes (« c'est oui, vas-y Dieudo, c'est ok »), et enfin du juge du Conseil d'Etat qui sonne l'épilogue à ce palpitant épisode de délire absolu : « niet, niet et re-niet ». On ne rajoute pas d'huile sur le feu en précisant que le magistrat en question est l'arrière-petit-neveu de feu Dreyfus et donc... juif ! Cette histoire est loin d'être terminée, on prend le pari ?

Du côté de Nantes (pas encore des Prisons de Nantes, mais ça ne saurait tarder, la digue, la digue...), le Zénith est plein, et Dieudo, grand seigneur, invite ses « fans » à rentrer sagement chez eux. Hypocrite avec ça ! Car comment ignorer que ce petit monde va vouloir scander sa colère et sa haine, pour une fois que l'aubaine est donnée, il ne faudrait pas s'en priver et gâcher... En plus, maintenant que les CRS sont de sortie, on ne va pas les ranger sans les avoir un peu utilisés, si ?

Voilà, voilà le résultat de ce « buzz" médiatique qu'il faut poursuivre à tout prix ; voilà comment un humoriste non dépourvu de talent au départ est devenu un provocateur dans sa course au succès et à la reconnaissance ; voilà comment les médias jouent les attiseurs de feu et s'étonnent de découvrir face à eux les Frankenstein modernes qu'ils ont pourtant créés. Voilà comment, dans ces moments là, on est heureux de s'intéresser à de vraies personnalités, passionnantes et pourtant plus discrètes : comment aussi on est heureux ici d'avoir créé un média différent, moins racoleur et qui s'attache encore à ce mot désuet et un peu dénigré : les valeurs !

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G. Hastoy

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